Crédit Photo : Aline Rose @aline.bliss

Ses notes ouvrent un monde parallèle dans la rue, cela t’attrape et te parle en profondeur, cela te cueille en pleine ville. Un homme et son piano, simplement, et l’espace-temps vacille.

Nous nous sommes parlés dans une vieille ville tranquille et lumineuse, celle du mardi après-midi. Voilà bientôt 2 ans que le pianiste nomade biennois Nicolas Engel sillonne les routes de Suisse et d’Europe avec son instrument.

Son rêve est clair, réunir assez d’argent pour s’offrir le piano Steinway B-211. “Quand j’étudiais à la Horchschule Luzern – Luzerne University Sciences and Arts (Haute Ecole spécialisée de Luzerne-Musique), c’était juste le bonheur de pouvoir jouer sur le Steinway, il y a tellement de nuances et d’univers qui se proposent et se composent que le projet s’est formulé déjà en filigrane de ces moments-là avec ce piano. Tu vois, tu peux rester 6 heures avec cet instrument et tu as toujours des découvertes, tu es toujours inspiré”.

Crédit Photo : Frederick Fairytale @fairytales fotos

Après le Master in Music and Art Performance, le Master en pédagogie musicale et le Bachelor piano classique, ce jeune enseignant a changé de mode de vie. Il y avait comme une impatience, nous décrit-il, une envie d’être plus dans la musique encore.

Il se décrirait comme souriant, pensif et ambitieux. Quand on demande à Nicolas d’où il vient, la réflexion semble se densifier et il nous invite à regarder le lieu, l’église du Ring: “C’est cool, là, tu vois, c’est ici-même que mon grand-père était organiste, alors c’est peut-être de là où je viens, cela se définirait comme l’éther, un bidule qui n’est pas la musique ou quelque chose de concret, c’est un truc qui est là mais pas là non plus, c’est nouveau et c’est vieux en même temps, tu vois?”

Bim, on a fait un salto stratosphérique et c’est juste beau. Une petite fille passe avec sa guitare dans le dos, les premiers cours.

On aimerait comprendre ce qui lui a pris avec la musique, finalement, et cela semble venir tout droit du jour où l’ami percussionniste de sa maman a ouvert sa grande salle avec pléthore d’instruments lorsque Nicolas avait juste dans les 2 ans! Il avait tellement aimé s’exprimer là, avec les sons, c’était la rencontre d’un monde où il pouvait entrer.

Et puis les cours de piano classique, son grand-père organiste et enfin, comme il est né avec le hip-hop à Bienne, avec ses frères et amis qui faisaient du rap ou DJ, il était alors naturel que le jeune homme se mette à faire des beats avec du sampling, pour finalement écouter tous les disques de jazz de son père.

Ces moments de découverte-là, lors de ses 16 ans, ont donc fortement contribuer à lui donner le goût de produire à son tour quelque chose. “Après ça, je me suis dit que la musique c’était important et je souhaitais devenir professionnel”.

Si on vient l’écouter, on peut s’attendre à la création d’atmosphère, une profondeur dans le moment, qui s’étend. Ce qui l’inspire particulièrement tous les jours d’ailleurs, ce sont les mouvements, la nature, les gens, les grandes villes qui bougent, ou les enfants qui jouent, le temps qui change.

Un de ses plus jolis instants de sa vie d’artiste de rue se situe là où il avait installé son piano, au Champ  Templehof de Berlin (un ancien aéroport reconverti en 2010 en parc et espace public, d’une superficie plus grande que Central Park à New-York ndlr.) Il a placé le piano là, au milieu des gens qui se promenaient, il y avait du monde, c’était comme un concert et puis il discernait les strates du passé de cet aéroport militaire avec le présent peuplé d’enfants, de trottinettes et de personnes qui prenaient là le temps de s’asseoir à l’écouter jouer. “Un beau moment”. On pouvait peut-être y voir un décollage, avec un vaisseau à touches.

À part ça, il y a pas de mal de difficultés à jouer dans la rue: “c’est pas toujours facile parce que l’on ne sait pas toujours comment cela va être sur place, si il y aura du monde, ou même le passage de la police peut-être, et après, voilà, il faut l’énergie de le faire” nous dit-il dans un de ses rires contagieux.

Pour lui, oui, la rue c’est l’imprévu mais il y a aussi de belles surprises. Et beaucoup. Comme par exemple les retours positifs des gens! Ce jour-là, par exemple, une femme courait dans la rue, à compiler des préparatifs de dernière minute, pas de temps, il fallait se dépêcher. Et puis, il y a eu les notes du pianiste. Elle avait du s’arrêter, le mental en pause immédiate, pour s’asseoir et écouter ce moment présent-là.

On se demande comment est le monde depuis son piano, mais en réalité il y a plusieurs niveaux de lecture, celui de la musique, comme une forme qui se développe en impro, dans laquelle il peut se mettre complètement à l’intérieur. En même temps, nous explique-t’il, il y a l’entourage, les gens qui réagissent ou pas, tout cela influence aussi les mélodies. Après, cela dépend aussi de lui, de sa façon de communiquer, de parler même en jouant (si il y est obligé, bien sûr). Il est important aussi pour lui d’être ouvert et de sourire, de remercier pour le chapeau. Quant à son piano des rues, il espère qu’il ne l’abîme pas trop à force mais bon, maintenant il commence à perdre de la stabilité et à être usé, nous dit-il: ” J’espère juste qu’il tienne encore un moment!”

Tout dernièrement, le duo Ester Poly l’a fait complètement vibré artistiquement lors d’un festival: ” Ecoute, ce sont deux femmes pleines d’énergie, l’effet de leur musique est juste magnifique et frappant!” À part ça, il aime bien écouter Nicolas Jaar, cela rejoint ce qu’il recherche aussi dans sa musique, des sons, des bruits et aussi du piano parfois, des synthé et d’autres instruments.

On lui a évidemment demandé où est-ce que la vie était la plus belle, il nous a proposé la montagne, la force de leur histoire, avec leur énergie et l’air qui régénère. Oui mais bon, pas pour y vivre, nous précise-t’il, mais pour se ressourcer de temps en temps.

Nous lui souhaitons de continuer à faire ce qu’il aime, de partir un jour découvrir les states et l’Amérique du Sud, d’être heureux à faire ce qu’il fait avec de belles personnes autour de lui, et puis donc, un Steinway!! Pourquoi ne pas aussi enchaîner avec un autre projet post-Steinway, quelque chose qui aurait un lien avec la protection de la nature ou dans l’humanitaire? Musique d’avenir peut être.

Vous n’avez maintenant plus d’excuses de passer à côté du concert exclusif de bienfaisance en faveur du projet Steinway B-211 que Nicolas Engel donnera à la Cave Perrot, ce samedi 15 septembre dans les Vignes de Twann dans le canton de berne (Suisse) dont en voici ici le lien.Vue imprenable sur le lac de Bienne, l’île St-Pierre et les Alpes bernoises garantie…

Au fait, aujourd’hui, en météo musicale, on serait dans le si bémol.

Détails & Infos :

Nicolas Engel official Website

Nicolas Engel Official Fan Page

Nicolas Engel On Instagram

Nicolas Engel Official Youtube Channel

Nicolas Engel On Bandcamp

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail