Le genevois Léo Tardin module les touches de son piano d’une virtuosité quasi surnaturelle, et ce depuis son adolescence, où il avoue s’être plongé littéralement dedans. Il est de ces épisodes probablement douloureux qui te grandissent d’une belle manière, où le don vient chercher peu à peu la discipline qui, nous dit-il, n’était peut-être pas forcément là au commencement. Evidemment aussi que l’on trouve dans cette évolution quelques belles rencontres de musiciens “qui lui ont passé le virus de la musique”.

Après une dizaine d’années new-yorkaises à créer son groupe Grand Pianoramax, avec une tournée internationale et l’élaboration de 5 albums conséquents, Léo Tardin se tourne vers un projet solo s’exprimant à travers Dawnscape en 2014. Là, depuis octobre 2018, il veut nous asseoir pour un moment dans nos oreilles en nous proposant le triple album Collection. Il y aurait ici une quarantaine de pistes avec parfois 4 versions du même morceau.

Crédit Photo©Xavier Ripolles

Des extensions sont disponibles au coeur du Songbook, tout comme des tutoriels vidéo avec des partitions qui permettront inévitablement de t’y essayer aussi et de faire circuler la musique, comme le souhaite vivement Léo, dont l’expérience fraîche en tant qu’enseignant à l’école des musiques actuelles ETM a sans doute fait naître des envies fortes de transmission.

Il s’agirait ici de visiter les meilleurs moments de ses lives, oui, de ces instants où l’on gravite autour des notes dans la sensibilité du lieu. En fait, toute cette beauté musicale se déclinera sans avoir le don d’ubiquité parce que là c’est cadeau, les endroits, les sons et la spontanéité viendront te visiter l’âme et les sens.

On s’est demandé comment ses créations émergeaient tout en notant bien qu’il s’inspirait autant de l’atmosphère de certains lieux que par la singularité de chaque instrument: “Tout d’abord je compose un thème, c’est le premier niveau: très généralement une mélodie et des harmonies sur lesquelles sont basées un accompagnement. J’essaie de faire quelque chose de suffisamment simple pour que d’autres puissent apprécier et aussi jouer cette composition, car selon moi la musique est faite pour être partagée, elle a une valeur sociale. Sans toutefois céder à la facilité ou la production générique, comme je l’entends trop souvent autour de moi. Cette partie de la création échappe à toute règle, si ce n’est une: j’ai besoin d’être dans un état de sensibilité propice à la naissance d’une pièce. J’ai besoin d’être touché, ému. Par une rencontre, un voyage, un paysage, une vision, ou un événement. Si je suis touché, et que je recycle cette émotion dans la musique, alors je transmettrai une émotion aux auditeurs, qu’ils ressentiront et avec laquelle ils se feront leur propre histoire, paysage, voyage à l’écoute de ma pièce. Sans avoir besoin de savoir ce qui m’a moi-même inspiré, c’est encore mieux. Ainsi ils projettent leur propre histoire, qui résonnera par rapport à ce qu’ils ont vécu, à quoi ils sont sensibles etc.

Crédit Photo©Xavier Ripolles

L’autre niveau est l’interprétation que je fais en live de cette composition, et la grande part d’improvisation spontanée qui est laissée, soit sur la pièce, soit en créant une pièce de toutes parts pendant le concert. C’est là où le lieu, le public et le piano a un grand impact. La règle primordiale pour moi est d’être capable d’être à l’écoute de cette ambiance, de l’acoustique du lieu, du public. Je peux jouer ce que j’ai prévu en avance, mais ça ne sera pas forcément porté par le lieu, voire ira à l’encontre et ça ne marchera pas vraiment sur le moment. J’ai appris que c’est beaucoup plus riche et vivant si je suis capable de faire dans l’instant, avec d’une part ce que je ressent au fond de moi, mon humeur du moment, et en même temps avec ce que m’inspire le lieu. C’est aussi pour ça qu’une salle de concert remplie par le public, c’est 75% du concert déjà réussi en amont, car l’énergie du public (si elle est positive, ce qui est très majoritairement le cas) portera le concert et l’artiste, le soutiendra dans ses errements et prises de risque, lui faisant suffisamment confiance.”

Crédits Photos©Marin Valentin Wolf

On parlera d’une liberté sine qua non , d’une ouverture vers le moment qui prend chaque note, jusqu’à permettre l’expression toujours improvisée du pianiste. Les auditeurs des concerts sont unanimes: Ils décollent, planent au coeur d’une musique évocatrice d’images. Alors on réclame haut et fort l’expérience en notant les prochaines étapes du parcours de l’artiste. Par ailleurs, il envisagerait de passer le permis voiture histoire d’évoquer sa prochaine première fois, mais, en même temps, bon, il nous conduit déjà en Delorean avec son piano.

Il nous confie aussi regarder son crayon avec toujours le souhait de se mettre au dessin, une autre de ses passions pas encore complètement exploitée de jeune ado. Mais bon on a cru comprendre un de ces trucs bien à lui, il a choisi le piano. On attend en trépignant aussi le dessin. ( oui, insatiable gourmandise.)

Tout dernièrement, il a vivement apprécié le travail d’un artiste visuel turc nommé Ugur Gallen, qui, nous glisse- t’il, juxtapose 2 images antinomiques, mais formellement compatibles (par exemple un défilé de mode et une caravane de migrants traversant un désert: d’un premier abord ça colle parfaitement au niveau de la composition, la symétrie.). “Son projet représente fortement la schizophrénie du monde dans lequel nous vivons.”

On peut  souhaiter à Léo Tardin de belles rencontres, histoire de continuer à développer sa musique internationalement. Comme il le dit,”je sais que ma musique touche le public, mais il y a de ces rencontres déterminantes qui précipitent les choses pour permettre davantage de visibilité”. Dans le passé, deux-trois de ces hasards ont changé le cours de son parcours artistique.

Crédit Photo©Xavier Ripolles

Léo Tardin nous offre des pistes accessibles pour se sentir plus proche de la musique, mais on ne nous enlèvera pas de la tête qu’il doit avoir en vrai des mains supplémentaires munies de filaments supra-sensitifs.

Qu’il déménage peut-être à Lisbonne un de ces jours ou pas, on suivra le libre perfectionniste dans ses voltiges les oreilles grandes ouvertes.

Petit récap’ des concerts à venir :

Solo piano au Cully Jazz le 13 avril 2019
Solo piano pour lInternational Jazz Day à l’AMR à Genève le 30 avril 2019
Solo piano dans le cadre des Journées Photographiques de Bienne le 11 mai 2019
Derniers travaux récemment publiés: triple album Collection (Dawnscape Records/Irascible), Songbook (Editions Sympaphonie) et tutoriels des pièces du Songbook rassemblés sur son site .

Détails & Infos :

Leo Tardin Official Website 

Leo Tardin Official Fan Page 

Leo Tardin On Bandcamp 

Leo Tardin On Instagram

Leo Tardin Official Youtube Channel 

Leo Tardin On Soundcloud

 

 

 

 

 

 

 

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