Lorsque le lausannois Thierry Jaccard et le mauricien Yannick Nanette passent par Le Singe à Bienne au mois de novembre dernier pour illustrer leur nouvel album CROSSEDSOULS, on était là pour partager ce petit moment de magie juste avant le concert de leur formation The Two.

Avec eux deux, c’est une histoire de communion avec la musique, d’un tout, évidemment, avec les gens, le public. Leur blues te colle une joie profonde et t’invite à la recherche de ce lieu où tu es bien. Juste ici et maintenant, dans le présent. Yannick, amusé et méditatif, parle du moment où l’esprit rentre en toi (ceci dit avec l’accent mauricien) dès l’instant où l’on commence par leur demander juste ce qui leur a pris: “Si tu n’es pas possédé par quelque chose, pris par quelque chose, dans l’idée de prendre avec toi, de charrier, comment on avance? On oublie sans doute d’être possédé, animé.”

“Pour ma part, nous explique Thierry, j’ai commencé de jouer vers l’âge de 15 ans et une fois où tu touches à cette vie dans la musique, sur scène, à pouvoir t’exprimer, tu ne peux juste plus t’arrêter. Cela m’a piqué! Même si j’ai toujours travaillé pour manger, jouer de la musique fait partie de moi au quotidien. Après, tu rames, tu rames et puis tu rencontres Yannick et tu lui passes une pagaie. Et voilà!”

À l’âge de 19 ans, poursuit Yannick, alors qu’il rentrait de Madagascar, tellement remué par son voyage à la fois musicalement et humainement, il se souvient avoir pleuré tous les soirs peu après son séjour. À tel point que sa mère a cru que les malgaches lui avaient peut-être même jeté un sort. En vérité, il était juste tombé amoureux d’une fille qui habitait dans une autre île toute proche. Cette jeune femme lui avait fait découvrir la musique d’une manière quasi-initiatique.

En fait, il jouait de la guitare depuis ses 14-15 ans, tranquille, et à partir de cette rencontre, il a complètement basculé, possédé par la musique. Un peu plus tard, un autre gars possédé comme lui l’a rejoint, dans un de ces hasards de la vie. C’est un peu comme si ils s’étaient reconnus, finalement, dans cette possession viscérale.

Comme il dit, ce n’est pas un truc que tu gardes pour toi, mais quelque chose qui t’anime et qui te souffle, qui te rend vivant et vibrant. S’ensuit un silence brillant, du genre de ce silence que l’on peut observer lorsque l’on aperçoit pour la première fois les phosphorescences dans la mer. On est à l’eau donc, et là on se demande ce qu’ils auraient envie de se dire l’un à l’autre juste comme ça.

“On va où?” sourit Thierry. Et c’est dans l’idée d’une destination qu’ils évoquent ça régulièrement, avant un concert par exemple. Yannick et Thierry se questionnent sur le parcours, le chemin. Ils remettent du sens simplement, parce que des artistes peuvent vite aussi perdre pied dans la fatigue, à accumuler des dates et courir sans arrêt. Yannick aime bien l’idée de quête, un peu comme un absolu, ce truc qui te pacifie et qui te rend en paix. C’est clair qu’on recherche tout le temps ce paysage calme et apaisant, nous dit-il.

Ces gars sont en voyage, et pour nous permettre de le partager humainement, ils regardent ensemble leur carte et pivotent, consultent les sentiers balisés par ce qu’ils aiment seulement. “Un petit rouge de temps en temps” conclut Yannick en riant. Oui, ils sont un peu comme des guides touristiques d’un périple inattendu, imprévisible. Tous les moyens sont bons pour la musique. Souvent, on peut stresser à l’idée de prendre tout ce monde en balade. On a beau connaitre les morceaux, on dirait qu’il y a ce truc en plus, ces couleurs sur une palette à modifier légèrement quotidiennement. C’est une sorte de défi, comme dit Yannick. Ils ont la chance de se faire confiance et peuvent se permettre de sortir des codes pour aller dans le sens du plaisir. Un des deux peut partir, le sentir, l’écouter, c’est une richesse à cultiver.

Dans le futur, sur une autre planète ou tout à l’heure, ils aimeraient que l’on retienne d’eux qu’ils étaient heureux et bien vivants en faisant ce qui les passionnait. “On fait de notre mieux, on donne le meilleur de nous, en essayant d’emmener toujours de l’humanité sur scène” nous glisse Thierry. Evidemment qu’ils peuvent faire aussi des erreurs, il y a des choses qui marchent et d’autres moins bien, mais d’après eux, il s’agit de savoir en rire, de danser et jouer avec ça.

En parlant de ce qui les a fait vibrer tout dernièrement, Thierry confie être allé voir Asaaf Avidan en concert et s’être pris une claque monumentale. Son spectacle solo travaille en fait sur les émotions et il vient te chercher: “A un moment donné, il parle de ses peurs et à la fin il se met à taper sur sa guitare avec un light show concordant et là tu vois tu es dérangé. Musicalement c’est dégueulasse, tu es tendu, pas bien. Là, tu vois, pour moi il a réussi son travail d’artiste. Avec sa douceur, il t’emmène vers un truc fort d’où tu ressors forcément bouleversé. Il est dans la recherche, la juste transmission.”

Yannick, lui, revient de son mariage à l’île Maurice, il en est encore bien bousculé: “tout un tableau, une peinture familiale bien particulière”. Là-bas, l’idée était de faire l’événement différemment, tout en équilibre avec les codes. Confronter sa décision parfois, c’est un truc bien acrobatique.

Puis dans le rayon prochaine première fois, il va donner pour la toute première fois un cours d’histoire-géographie-art à une classe d’élèves dits “de développement”. Il est ravi mais n’a encore aucune idée, sinon de leur faire découvrir les hauts lieux culturels de la ville de Lausanne.

Quant à Thierry, il va se faire traiter le dos par deux thérapeutes en même temps. Sérieusement, il y avait du boulot, mais c’était le moment. Des douleurs qui parlent de leur quotidien aussi, les kilomètres accumulés pendant les week-ends, les bras chargés de matos, les répétitions, il était temps de penser à prendre soin de soi.

On a bien compris le côté rentre-dedans de Yannick, il sait s’affirmer, “il vient il tape, il a pas d’arguments!” tandis que Thierry est du genre diplomate et social. Une complémentarité qu’ils peuvent utiliser au travail. Thierry aime discuter, écouter, et ça fonctionne bien de jongler avec ces deux traits de caractère bien différents.

Yannick nous parle du terme de “marronner”, l’esclave qui se sauve et trace son chemin dans la brousse pour trouver sa liberté: “J’aimerais bien qu’on puisse continuer à marronner tout le temps, dans ce système où tout parfois te force à te mettre dans une case, un système une façon d’être. Comment rester un esclave marron dans ce monde?”

Thierry le rejoint : ” Plutôt que de prendre tous ces tracés de business, nous on dit qu’on va marronner on va aller par là. Tu choisis ta voie à toi!”Et puis là, paf, Yannick l’érudit nous parle du terme qu’il chérit bien, l’ataraxie :” Ce plaisir ultime où tu es en paix avec toi-même, avec ton élément, avec qui tu es. Parce que tu as creusé, élagué, tu as tracé. Au final, tu es vraiment là.”

Au moment de piocher un titre de leur album, “raw man” sort du lot , le thème est de rester authentique croire en soi et de ramer. Cela parle beaucoup de leur démarche. Après, ils chantent ce qu’ils sont et peuplent tous leurs sons.

On peut leur souhaiter d’avoir toujours ce pur plaisir avec leur musique, la scène, les gens. Tant qu’ils auront ces sourires et ces rires-là, on ne craint rien pour eux.

D’après Thierry, comme on leur demande si ils ont quelque chose à ajouter, si les gens marronnaient un peu plus et trouvaient leur vraie voie déjà il y aurait moins de problèmes dans le monde dans lequel on vit: ” On serait tous contents d’être là et d’avoir la possibilité de faire ce que l’on aime vraiment.”
Yannick ferait un bisou sauvage et enflammé. Dans le vent. La vie.

Avant d’emmener le public du Singe, il glisserait un tonitruant ” Elle est où la bouteille de rouge?”
Des humains comme on aime, un point c’est Two.

Crédits Photos@myurbanplanet.ch

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