Par un de ces jours d’hiver froid et métallique,  nous avions rendez-vous avec les membres du groupe alternatif pop folk MAREY, composé de Maryam Hammad et Aurèle Louis.

C’est au café Samawat à Bienne que nous réchauffions des mains bien givrées autour d’un thé, lieu charmant autant par sa déco un peu année 30, sa musique cool et pas tonitruante non plus, sa carte de cuisine fusion de qualité.

On a partagé un moment juste idéal avec les deux artistes, à parler de musique et de leur tout premier album “Save Animals Eat People“, sorti dans la fraîcheur de ce mois de février 2018.

À l’écoute de MAREY, c’est comme si l’on marchait en équilibre sur un fil où le temps a suspendu sa marche, c’est tout sombre alentour, le ventre vibre d’une musique intense et la voix nous permet de marcher en douceur. Le fil tremble bien souvent, on semble filer un mauvais coton, mais non. C’est une recherche qui va venir te trouver.

À l’origine, si l’on se demande ce qui leur a pris, c’était comme un instinct un peu animal, une urgence indicible d’exprimer ce “quelque chose à dire” dans la musique. Maryam a enchainé depuis l’enfance les expériences chants, écriture et guitare, synthé en autodidacte tandis qu’Aurèle est issu de la famille musicale, conjuguant violoncelle, basse, guitare électrique et synthé.

Le nom du groupe vient du hamster que Maryam avait. L’idée était de prolonger sa courte vie sur des CDs, stickers, affiches, sans que forcément tout le monde le sache. Oui, leur musique est sombre mais il prolonge la vie finalement si l’on peut dire.

Leur rencontre s’est produite en 2014, dans un jazz club de Fribourg, La Spirale. Maryam jouait pour la Sunday Night Jam et lui s’occupait du son. Le concept est de réunir 4 groupes qui jouent pendant 15 minutes chacun et de procéder ensuite à une votation bonne enfant. Le coup de cœur à l’écoute de la voix de la jeune femme a été immédiat: ” Il y avait un truc, une véracité à l’intérieur”.

Six mois plus tard, il la contactera pour lui proposer une création d’un EP, plus trop représentatif aujourd’hui mais qui aura su les réunir pour nous proposer leur album présent. A l’époque Maryam cherchait un studio et l’hésitation a disparu lorsqu’elle arriva dans cette maison qui semblait abandonnée proposée par Aurèle, avec juste le matériel de base, l’ambiance était épurée et très spéciale: “et puis, Aurèle était très spontané, tranquille et cool”.

Les jeunes gens sont du genre à créer la nuit, après 20h00, lorsque les millions de mails ont été envoyés et que les dix mille trucs à faire de la journée ont été validés. Lorsque tout se calme alors, les idées viennent, de manière souvent polymorphe, en constante évolution, elles s’oublient, reviennent et le morceau est né. Bien sûr, ils s’appliquent à l’exercice de structuration des éléments, sinon, comme ils le disent, les titres dureraient inévitablement quinze minutes à chaque fois.

Quoi qu’il en soit, si tu vas les voir en concert, ne te dis pas que tu vas être à une soirée dansante. Dis-toi que tu pars prêt à t’aventurer à l’intérieur de chez toi plutôt que de subir la musique: il s’agit de la laisser infuser jusqu’à t’électriser à sa manière, versatile aux accents alternatifs. Le paradoxe est juste posé là, ces deux personnes très joyeuses et positives distillent un son oscillant divinement entre l’obscur et le trouble.

Tous deux s’équilibrent et se complètent dans leur façon de travailler. Maryam décrit Aurèle comme quelqu’un de déterminé, avec un esprit libre et ouvert aux nouvelles idées. Il dira de Maryam qu’elle a besoin de périodes de calme, où il faut laisser reposer le truc. Ce qui est parfait pour lui, ayant souvent tendance à vouloir foncer dans l’immédiat. Le fait qu’ils soient d’origine musicale différente leur permet d’explorer des thèmes qu’ils n’auraient pas eu l’idée d’envisager autrement. Le dialogue semble continuel, entre eux, qu’il se lise dans la musique, au coeur des arrangements combinés aux textes, ou encore dans les silences sensibles à l’écoute.

Et puis, ils aiment l’idée de prendre le temps de faire les choses, ça fait partie du charme et se détournent d’une percée trop fulgurante. Avec leur album, ils espèrent pouvoir arriver à trouver leur public alternatif qui correspondrait avec cette musique de niche parlant très franchement de leur univers bien à eux.

D’ailleurs, pas besoin d’aller bien loin pour trouver Aurèle totalement relax, à 5 minutes d’ici, là où son père a déménagé récemment depuis qu’il a été diagnostiqué électro-sensible: “loin de la ville, près d’une cascade, on se sent juste extrêmement bien. Bon, les Maldives, c’est vrai que c’est pas mal non plus” nous dit-il, l’oeil rieur.

Maryam, elle, a développé une sorte de maison ou bulle intérieure, nomade. Et puis, “quand tu es avec les bonnes personnes, c’est le meilleur endroit du monde. Il y a les bons moments qui sont aussi les plus beaux lieux à visiter.”

Tous deux adorent Portishead, Tom Waits, Radiohead, Tracy Chapman, Jacques Brel et la musique classique entre autres bien sûr.

Aurèle nous parle d’un truc qui semble le suivre depuis des années, à se sentir presque mal tellement il aime ça : le titre Motion Picture Soundtrack de l’album Kid A de Radiohead. Pour lui, ce morceau à lui tout seul représenterait une des plus belles oeuvres musicales.

Maryam nous décrit ce jour d’hiver ensoleillé, à regarder quelques nuages s’étirer tranquillement dans le ciel, où elle a écouté Tom Waits : Picture in a Frame…”ça, c’était un bon moment”.

C’est dire si on était forcément avec des belles personnes au bon endroit au bon moment.

Cher MAREY, votre album est sublimissime, de haute sensibilité.

Ouvrez l’oeil, leur tournée ne fait que commencer!

Crédit Photo ©Tobias Sutter

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