Louder motherfucker
Août201702

Notre première rencontre avec Catia Bellini et Guillaume Wuhrmann remonte à 2006, lors de la dixième édition du regretté Mont-Soleil Open Air Festival. Ce soir-là, les lausannois de Zorg qui, à l’époque, étaient encore 3, partageaient l’affiche en compagnie de La Grande Sophie, les Belges de Hooverphonic ainsi que des Allemands de Liquido.

Après bien des années et d’eau coulées sous les ponts plus tard, le duo revient plus en forme que jamais avec leur projet John Dear, taillé dans du rock qui te donne la furieuse envie de bouger ton booty.

On part sur la route avec eux dès les premiers riffs, un peu comme dans de ces films où les clichés se brisent en un clin d’oeil. La batterie frissonne et éclate, complice décadente et délirante d’un plaisir qui frôle les flammes d’une guitare électrique. Tout ça connecté à une voix qui sent le bitume.

C’est l’histoire d’une osmose artistique qui t’emmène transpirer dans une de ces joies inédites, que tu le veuilles ou non.

Nous en avons donc profité pour se poser en leur compagnie, lors de leur passage à l’Estivale Open Air à Estavayez-le-Lac, vendredi dernier .

Ma dear John, qu’aimerais-tu/vous nous dire/dear?

Catia : « C’est quoi ce commerce? » L’inspiration est à peu près au niveau de zéro juste là maintenant. « Louder motherfucker »!

Guillaume : « Oui, louder motherfucker cela résume aussi bien notre histoire et ce qu’on vit en ce moment ».

Auriez-vous une anecdote sur un festival à partager vu qu’aujourd’hui on est à l’Estivale ?

Guillaume : « Ah ouais, une anecdote liée à l’Estivale. Je regarde Patti Smith, tout excité, ça fait longtemps que je l’avais pas vue. Donc, je me rapproche de la scène et à un moment donné, voilà que je me détends un petit peu (éclats de rire de Catia), c’est Patti Smith quoi, c’est l’histoire qui se déroule devant moi, je me fais donc un petit joint.

Là, à 47 ans, pour la première fois de ma vie, je me fais serrer par un flic et j’ai dû payer cent putain de balles d’amende. J’étais hors-la-loi, j’ai dû payer certes, mais le joint était encore meilleur ensuite. Je vais d’ailleurs demander 100 balles à l’Estivale pour être dédommagé »

Si tu avais une question ou un truc à dire à ton alter ego musical, ce serait quoi?

Catia : « Heuuuuuu, pourquoi est-ce que tu as décidé de jouer de la batterie avec quelqu’un qui ne savait pas jouer de la batterie? »

Guillaume: «Là je dois répondre à sa question ? Ben, je voulais une fille! »

Catia: « J’avais que toi sous la main! »

Guillaume : « Cela faisait longtemps que nous faisions de la musique ensemble et il n’y avait pas de raison pour que cela s’arrête. Je crois que basiquement, c’était vraiment ça.»

Il faut dire qu’ils étaient 3 « dans le noyau dur » à l’époque de Zorg , leur ancien groupe , et puis ils ne sont restés que les 2.

 Guillaume : « Moi je te demanderais, qu’est-ce qu’il t’a pris de vouloir jouer avec moi? »

Catia : « J’ai pas eu le choix. Tu es si menaçant. J’ai eu peur (Rire) ! Ce qui est plutôt étonnant en fait c’est que l’on ait décidé de continuer de jouer tout court. J’ai l’impression que cela s’est fait presque malgré nous. On bricolait, on ne savait pas tellement ce que l’on voulait faire avec Zorg. C’était assez clair qu’on avait envie d’un truc plus musclé mais on ne savait pas si ça allait s’appeler Zorg encore ou pas. Cette période de vie était très floue de toutes les façons. On avait ce local minuscule, une petite maison jaune de 12 mètres carrés, on s’y retrouvait et l’on se demandait ce que l’on pouvait bien y bricoler là-dedans. Du coup, moi j’ai toujours l’impression  que je sais pas faire de la musique. »

Guillaume : « Ouais ben c’est pas qu’une impression hein! » (rire)

Catia : « Je chantais à l’époque de Zorg mais c’était avec Guillaume. Dans ce projet, je me considérais pas comme une chanteuse mais comme un élément de Zorg, et puis là c’est pareil je me considère pas comme une batteuse, dieu merci, mais comme la personne qui va taper sur des fûts dans John Dear, et puis finalement ce sont toujours des projets qui sont liés à toi donc je me vois assez mal faire de la musique avec quelqu’un d’autre .

Guillaume reste ainsi sans voix….

« La batterie, c’est un instrument qui m’a toujours attirée, quand on était avec Zorg cela m’arrivait de m’asseoir derrière la batterie et de taper. Du coup dans le petit local où on était, l’endroit où s’asseoir c’était…. derrière la batterie!  Vu que Guillaume bidouillait sa guitare électrique, et comme il fallait essayer de faire quelque chose, et bien voilà. Après il a fallu travailler beaucoup pour acquérir un niveau décent » .

Guillaume : « Alors, au moment où l’on bricolait, jamais j’aurais pensé que je referais cela:  monter un tel projet , c’est pas simple, tenir un groupe, finaliser un disque, enregistrer, trouver un agent, des partenaires, c’est un boulot de fou. J’étais pas dans le mood à la base. Cela faisait longtemps que je le faisais, c’est mon métier.

A ce moment-là de ma vie, je n’étais plus vraiment à la maison chez moi et plus vraiment à la maison en tournée et je pensais que c’était fini. Donc c’est là que je rejoins Catia, on n’a pas eu le choix. Ce truc-là il est plus fort que tout. Je me suis fait piéger tout seul dans cette affaire, à un moment donné. Au moment de finaliser, j’ai eu plein de moments de regrets à me dire mais pourquoi? C’est ma vie en fait. J’ai eu la chance de finir l’école et de faire de la musique dans la foulée, d’avoir des projets qui marchent, qui puissent me permettre d’avancer et de gagner mal ma vie puis mieux à certains moments en faisant ça.

Après cette pause au moment de Zorg, j’ai compris que je ferais cela jusqu’au bout et que c’était comme cela ».

Catia, amusée : « c’est ton destin »

Guillaume : « Une fois que l’on fait tous ces efforts, finalement, de un on s’est amusés, de deux je pense que pour des artistes comme nous l’essentiel, c’est de jouer. Tout d’un coup, il y a plein de gens qui nous demandent, donc à un moment donné, c’est une drogue. Un shoot. J’en ai besoin, de ce truc de scène. Je peux juste pas le décrire, il faut le faire pour capter ce que ça fait. Ca monte tellement haut! De toute façon tu peux rien calculer, on pouvait pas savoir que ça allait plaire.

Il y a des moments clefs, c’est assez comparable à des carrières de sportifs dans la manière d’envisager le truc et voilà, il y a une part d’aléatoire. Il y a des histoires comme cela qui prennent et d’autres moins. Sauf qu’on peut rien calculer. Sinon on serait tous multimillionnaires », ajoute t’il en riant .

Catia : « Avec Zorg on a fait des tournées, mais cela faisait longtemps que l’on faisait plus grand-chose. En Suisse, j’ai l’impression qu’on se lasse assez vite de nos artistes, c’est sans doute dû à la taille du pays, à la proximité. C’est triste bien sûr, parce qu’il faut les porter ces gens-là. Il se passe des belles choses. Ces derniers temps j’ai vu repasser plein de noms de groupes suisses en me disant c’est incroyable toute cette énergie mise dans ces projets et c’est néanmoins totalement sorti de nos mémoires .

Donc, malgré un peu de crainte en ce qui me concerne, on faisait notre truc. On nous a accueilli totalement différemment, des gens qui aimaient Zorg n’aiment pas du tout ce que l’on fait là et l’inverse aussi. C’était juste assez surprenant que cela prenne, que l’on puisse faire autant de dates.

En tout cas pour nous, c’est un joli cadeau ».

Vous venez de Lausanne, énorme niche musicale, y avait t-il pas des avantages ?

Guillaume : « L’avantage qu’on avait par rapport à un autre groupe qui démarrait aussi, cela faisait  juste 25 ans que c’était notre boulot. Le réseau et les gens, on les connait. Cela bouge vite et comme dit Catia, les gens aiment la nouveauté. En plus, on pause et on revient avec un truc complètement différent sur un terrain où il faudrait plutôt avoir 20 ans que… l’âge qu’on a. On était curieux de savoir si on allait nous considérer. »

A quoi faut-il s’attendre en venant vous écouter ?

Guillaume : « Je sais pas, du bruit quoi! De l’énergie! Dans ce genre de projet musical où tout a déjà été fait, à un moment donné on ne peut être que vrai. On essaie de transmettre ce qui nous ressemble. Pas envie de chichis, de tourner autour du pot, pas de frime. On s’en fout.

On kiffe ce que l’on compose, ce que l’on joue, être sur scène. Si il y avait un truc que j’espère pouvoir peut-être transmettre, c’est cette énergie-là, quelque chose d’assez primal, qui puisse donner l’impression aux gens qu’ils nous connaissent, qu’en fait, oui, c’est un peu comme si on était potes. Que tout soit cool. »

Si vous aviez un tracteur vous l’appeleriez Deere?

Guillaume, sa casquette Deere à la main « moi je me sens obligé en tout cas! »

Catia: « je me réjouis de te voir piloter un tracteur¨»

Guillaume : « moi, j’ai l’occasion, je pourrais si je voulais! mais j’ai pas encore fait.»

On vous souhaite quoi de beau ?

Catia : « la vie sur la route! »

Guillaume : « Ouais, et puis que ça continue. Que les gens aient envie de partager ce plaisir

Des dates ?

Guillaume : « On a fait beaucoup de dates sur ce disque-là. Là on a demandé à ce que ça se calme un peu pour pouvoir avancer sur la suite. Un deuxième disque est en préparation, on pense qu’il sera enregistré d’ici à la fin de cette année. Alors après, on espère avoir le quintuple de dates pour l’année prochaine! »

Auriez-vous un coup de gueule, un truc à ajouter, une wish-list ?

Catia : « Pas vraiment, on est des bavards là mais finalement c’est sur scène que cela se passe! »

Guillaume : « Un nouvel ampli. Une tête Mezza Boogie…. si quelqu’un a ça dans sa cave qu’il pense à moi, mais bon le modèle que je cherche est juste impossible à trouver» ( rire )

Qu’est-ce que vous aimeriez que l’on retienne de vous, genre dans le futur?

Catia : « Ce que je trouve beau dans la vie des gens, qu’on décide d’être musicien, plombier, écrivain, barman, c’est la passion. Ce qui me fascine c’est les gens qui sont debout, qui n’ont pas décidé de rendre les armes avant l’heure.

J’aimerais que l’on se dise combien on était des gens passionnés, avec des projets, des envies de grandir, d’être en contact avec le monde. J’ai pas du tout envie de me fermer, d’être figée dans qui je suis, ce que je vois, peu importe où cela m’emmène. On n’en sait rien. J’ai besoin d’être passionnée, d’être vivante.»

Guillaume : « Ouais, cette passion fait avancer. Exactement. Les projets, les envies, c’est l’essence même de la vie. »

Catia : « On doit pas se freiner, se dire qu’on est trop vieux ou quoi »

Il n’y a qu’à voir Patti Smith, en concert vendredi soir…

Catia : « Justement, je l’ai vue déjà plusieurs fois en concert, Guillaume me disait que cela lui donnait presque les larmes aux yeux; moi je sais que j’ai pleuré à chaque fois que j’ai vu Patti Smith, parce que dans sa voix, il y a des moments de revendications, de saines colères, des choses à défendre. Si j’ai 70 ans avec ce truc dans la voix, voilà! C’est juste fascinant et porteur. Comme Neil Young, qui n’a plus rien à se prouver et pourtant il est sur scène avec passion, c’est toujours sa vie. Comme Nick Cave aussi, à qui je voue un culte invraisemblable! »

Tu aimes les braises, alors viens les voir sur scène, ils en ont plein, dans leur Ghost Road Tour.

Tu pourras juste te dire que tu as vraiment bien fait d’être là.

 

 

 

Détails & Infos :

John Dear Official Website

John Dear Official Fan Page

 

 

 

 

 

 

©Aline Rose & Fabrice Huguelet