Spectacles français – Ceci est un programme 2017-2018
Juil201717

C’est à quelques pas de la fontaine de l’ange, dans la vieille ville de Bienne, un peu avant la présentation officielle, que nous avons rencontré Marynelle Debetaz, directrice des Spectacles français au Théâtre Palace et au Théâtre de Poche de Bienne et Christelle Wälti, responsable de la communication.

Marynelle nous a ici délivré sa programmation qui se déclinera toute en surprises, réflexions, douceurs, rires et coups de gueule. La vie quoi! Comme chacun sait, son sens du rythme pour ses sélections est aussi un de ses talents bien à elle.

On y trouve un beau mélange divertissant,  avec des choses légères, drôles, il y a du rire et aussi à réfléchir. Le théâtre, c’est pour elle un lieu de réflexion sur le monde, une manière de le regarder  d’un autre point de vue.

Cette année, elle nous invite dans une saison hors du cadre du Palace pour cause de rénovation. Toute l’équipe des Spectacles français est sortie de sa  zone de confort et a pris le parti de prendre tout le bien que pouvait leur apporter cette expérience. Les artistes composeront et improviseront même de nouvelles choses.

Son programme? Elle aimerait qu’on lui dise qu’il a permis de faire des découvertes, que “les spectacles emportent les gens dans des directions intéressantes”. Le plus beau compliment qu’elle ait pu entendre, c’est quand des spectateurs disent les yeux rieurs qu’a priori ils ne pensaient pas être là par manque d’attirance pour la thématique d’un spectacle et que finalement ils avouent, pleinement ravis et surpris, que c’est peut-être un des spectacles qui les a le plus touchés.

Marynelle recherche et favorise un certain équilibre dans la diversité des spectacles sélectionnés, “pas quelque chose d’homogène, mais des différences”. L’idée qu’elle aime c’est de “surprendre les gens et d’essayer de les emmener la où ils ne seraient pas forcement venus tous seuls spontanément.”

“Il y a des sujets d’actualité à travers des textes contemporains, des auteurs d’aujourd’hui et puis aussi des textes du répertoire théâtral classique et quelques monuments de la littérature française, parfois dans des formes un peu surprenantes. “J’aime accueillir des artistes qui cherchent ce que ces textes-là, écrits il y a très longtemps, peuvent nous raconter encore aujourd’hui. Quel regard cela nous apporte-t-il? Les spectacles peuvent nous emmener ailleurs complètement et cela fait du bien aussi de s’évader.”

Techniquement, il y a plus de possibilité dans le Théâtre du Palace, cette saison-ci il n’y a pas ce grand plateau avec une énorme scénographie, glisse la jeune femme.

“Du coup, il y a beaucoup de spectacles qui reviennent à l’essentiel, à la substantifique moelle de ce qui est le théâtre, celle de raconter les histoires. Les artistes sont là avec leurs instruments de base, la parole, les mots, les corps.”

Toutes ces séries d’histoire ont touché la jeune femme, cela peut être en musique ou en danse aussi.

Pour faire un bon spectacle, selon Marynelle, déjà il n’y a pas de règle absolue, “c’est juste une oeuvre qui m’apporte quelque chose de nouveau”. Ce qui l’ennuie, c’est la sensation de déjà-vu. Ce qui est important, c’est la réflexion, “le petit quelque chose de personnel, l’originalité.”

L’émotion qui touche le public en sortant d’un spectacle est quelquefois hyper enthousiaste et cela elle aimerait le vivre évidemment à chaque fois, “c’est le rêve pour une programmatrice de théâtre. Il y a bien sûr des spectacles qui divisent, que certains adorent et d’autres n’aiment pas du tout mais quand les sentiments sont très contrastés on se dit que c’est un spectacle qui a provoqué quelque chose chez les gens, des émotions, des réactions intéressantes. Ce qui est triste, c’est le spectacle qui laisse indifférent, sans doute instantanément oublié le lendemain.”

Elle essaie d’entendre ce que les gens aiment et voient pour aller ensuite à la recherche de cela tout en se laissant guider par son cœur de spectatrice. Pour construire la saison, il s’agit de dénicher les spectacles qui génèrent “des émotions très diverses”.

De son côté, elle aime les spectacles qui donnent à réfléchir mais “toute une programmation sur ce seul facteur, cela ne serait évidemment pas une saison réussie non plus. La clef, c’est peut-être bien l’alternance des sujets. Cela fait du bien de rire, de ne pas toujours chercher des interprétations pendant des heures.”

Plus concrètement avec «A mes amours», interprété et signé par Adèle Zouane, l’artiste nous raconte ses histoires d’amour  depuis les bacs à sable de l’enfance jusqu’à son âge adulte. De coups de foudres en coups de cœur, de premières fois en premières claque amoureuse. “Cela ne va pas changer la marche du monde, cependant cela nous touche profondément car ce sont des histoires d’amour. On en ressort forcément avec le sourire, les émotions sont là et font du bien de manière légère et drôle.”

 

D’autre part, un peu plus tard dans la saison, il y aura « l’enfant sauvage », par la Compagnie de la Bête Noire, on nous raconte cet homme qui a trouvé une petite fille muette et sauvage, après que les gens du marché aux puces aient remballé leurs affaires sur la place publique. On apprivoise avec lui cette enfant, cela parle aussi d’amour, et “cette histoire extraordinaire travaille l’esprit longtemps après l’avoir vue.”

 

Il y a aussi des spectacles qui emmêlent la réflexion sur le monde et le rire, avec notamment encore une fois « Discours à la Nation », de Ascanio Celestini et David Murgia, “les textes sont forts, fondamentalement drôles et caustiques “. On parle ici des puissants de ce monde dans une sorte de caricature du capitalisme. Et “Laika”, leur nouvelle pièce, où Jésus revient là pour ausculter le monde comme il est aujourd’hui et raconte à son colocataire Pierre, sous forme de fable moderne, ce qu’il a observé dehors sur le parking du supermarché: la prostituée, la vieille femme qui perd la boule, le clochard, les gens du bistrot…

 

Lorsque l’on demande à Marynelle quel serait le meilleur endroit pour voir un spectacle, il est clair qu’elle a les yeux qui pétillent à l’idée d’un théâtre proche de la gare rénové avec une belle technique et des sièges adéquats, comme…”le futur Palace de 2019″.

Le meilleur endroit cela peut être aussi chez toi, oui, dans ton appartement ou même dans ta salle de bain. Encore mieux, c’est dans ta baignoire remplie de mousse, avec “Ariane dans son bain” par la Compagnie Théâtre en Flammes, sur les extraits de Belle du Seigneur d’Albert Cohen. La proximité avec le public est juste idéale dans ce cas-là.

 

D’autre part, Thierry Romanens & Format A3 mouilleront le maillot en sortant de la salle de théâtre pour interpréter “Courir” de Jean Echenoz de manière complètement inédite dans le stade de la Gurzelen, interprétant l’histoire du légendaire et atypique coureur de fond tchécoslovaque Emile Zatopek.

 

Dans les coups de coeur musicaux de la jeune directrice on trouve le groupe Sages comme des Sauvages, qui emmène le public dans un spectacle délicieusement original, tout en comptant par ailleurs la venue exceptionnelle du rappeur/écrivain Gaël Faye et ses lectures musicales dans un Théâtre de Poche tout intimiste.

 

N’oublions pas le retour du phénomène « Cinérama », pépite de l’Opéra Pagaï qui revient transformer l’espace public en véritable jeu interactif et « Juste avant que tu ouvres les yeux », spectacle dans lequel le public se trouve dans un camion gradin se déplaçant à 3,5km/heure dans la ville.

 

On peut souhaiter à toute l’équipe des Spectacles français un public surpris et heureux, un beau théâtre rénové pour 2019 et plein de belles découvertes avec des étoiles dans les yeux des gens.

Du stade de la Gurzelen à l’infoquartier de mâche qui vient d’être inauguré, la Place Centrale, Le Parc de la Ville, la Maison Farel qui t’accueillera une fois par mois d’octobre à avril pour ta pause-déjeuner lors des Midi Théâtre, en passant par le Rennweg 26, le Théâtre de Poche, et chez toi peut être aussi ou même sous chapiteau, pour voir le  Cirque Poussière, une véritable perle qui émerveillera certainement un public de tout âge, adultes comme enfants… vous pouvez vous attendre à vous laisser littéralement emporter.

 

“Créer des rencontres qui créent des envies”, c’est avec cette jolie formule que Marynelle relève le défi de la saison à venir.

“Notre meilleur partenaire pour créer la rencontre, c’est le public.”

Avec cette petite touche de malice et de magie, Christelle Wälti nous montre les piles de programme tous prêts à l’expédition, soigneusement préparées par quelques sympathiques petites mains.

Enthousiastes? Friands de trouvailles et de bulles énergiques? A vos dates!

Septembre arrive avec « Danse à la carte », création interactive improvisée de la compagnie Ke Kosa au Parc de la Ville, Phanee De Pool “distilleuse de vie en SLAP” & Samuele au Théâtre de Poche.

 

On est complètement pris par les sentiments.

Ceci est un programme.

 

Détails & Infos :

Spectacles Français – Théâtre de Poche Bienne Official website

Spectacles Français – Théâtre de Poche Bienne Fan Page Official 

 

 

 

 

©Aline Rose & Fabrice Huguelet