C’est au détour d’une ruelle que nos yeux se sont arrêtés de cligner. Sans même bouger d’un cil, ils se sont mis à dévorer du regard une affiche à en faire pâlir le plus commun des mortels.

Consumons-nous” : comme des mots chuchotés au creux de l’oreille des comédiens présents sur cette affiche, dans le cadre de la pièce de danse et théâtre présentée par Le Lokart.

Ils sont en tournée courant avril 2017 au Théâtre du Passage à Neuchâtel, le Théâtre de Poche de Bienne ainsi qu’au Théâtre de l’ABC à La Chaux-de-Fonds.

C’est donc tout naturellement que sa directrice artistique & administratrice Héloïse Marcacci nous avait donné rendez-vous il y a quelques jours lors de la générale à l’occasion de la première, qui avait lieu le 1 er avril dernier au Théâtre du Passage à Neuchâtel.

À travers cette pièce inspirée d’un texte écrit par Héloïse Marcacci, les metteurs en scène Daniel Jeanloz et Michel Izaya, nous invitent à entrer dans une interprétation sensible de l’intimité sexuelle.

Nous avions eu envie d’en savoir plus…

Alors, à quoi vous consumez-vous ?

Daniel Jeanloz: ” A l’aventure. A partir du moment où c’est quelque chose de neuf, à être déstabilisé. A la prise de risque. Se confronter. Apprendre,grandir, les rencontres, l’amitié. Le théâtre est le lieu où l’on retrouve le plus cette sensation.”

Michel Izaya : “Au culot et à la provocation. A la misanthropie et la philanthropie. A l’importance de croire en chacun. A ce que l’on peut emmener de sage et de fou furieux dans ce que chacun fait.On est une entité négligeable et on va porter quelque chose sur scène qui va être adressé à tout un chacun, pas à une culture élitiste. Voilà à quoi je me consume : à l’ordre du commun.”

A quoi faut il s’attendre en venant vous trouver ?

Daniel Jeanloz: “Ne pas venir préparé. On a décidé de traiter de la sexualité sur un angle assez quotidien finalement. Faire la balance entre ce qui est quotidien et extraordinaire dans le sexe. On essaie de prendre les gens par la main et les emmener au travers du quotidien vers l’extraordinaire. S’attendre à rien. Le cœur plein.

Michel Izaya : “Complètement d’accord, il ne faudrait pas s’attendre à quoi que ce soit de particulier, ne serait ce que pour se forger un avis propre et se développer une critique personnelle qui emmène à des choses nouvelles.”

Qu’aimeriez-vous que les gens retiennent une fois rentrer chez eux ?

Daniel Jeanloz:” Des sensations, principalement. On s’est rendu compte que sur le thème de la sexualité il y avait beaucoup de choses qu’on ne pouvait pas dire, pas parce que ce serait un tabou, il y a d’autres gens qui brisent les tabous bien mieux que nous, qui s’y sont attaqués frontalement. C’est pas le propos. on a voulu essayer d’aller sur quelque chose que l’on ne pouvait pas dire, avec un langage très parlé avec un peu de vulgarité, dans un ancrage quotidien. Ce langage là, pour dire finalement que l’on parle mal de sexe. Si on parle d’orgasme, par exemple, c’est un moment où on est à la limite de la perte de conscience, là les mots sont inutiles, ils perdent leur sens, et c’est là que la danse prend toute sa place. Autant la sensualité que la musique rentrent alors en ligne de compte. Ce dont on leur parle leur procure des sensations qui leur sont agréables. Le sexe , ça fait du bien. Le message c’est ça. Quelque part je trouve cela vachement plus subversif plutôt que d’essayer de casser plein de tabous et de se mettre dans une posture où c’est trop facile de nous attaquer au final. Sur les sensations, on espère que cela puisse atteindre ou toucher.”

Qu’est ce qui vous a pris?

Daniel Jeanloz: ” C’est Héloïse qui est à l’origine de ce projet, une des interprètes, et son comparse Mehdi Berdai, chorégraphe tout désigné. Tous 2 ont ouvert le Lokart, collectif artistique et studio de danse neuchâtelois. Ils ont voulu lancer un spectacle pour gagner en visibilité, marquer l’ouverture du collectif. Comme ils avaient dans l’intention d’être pluridisciplinaires, ils se sont dits qu’ils allaient mêler la danse au théâtre. Héloïse, l’élément déclencheur de tout cela, avait un texte dans son tiroir qui leur ont servi de base de travail et de fil rouge. C’était un écrit très introspectif, qui posait des questions existentielles au travers du monologue d’une fille après l’amour. A savoir, pour résumer, est-ce que la sexualité est une raison de vivre? Quelque chose que l’on peut investir pleinement comme seule et unique raison de vivre? On a donc développé le rapport au mystique, ou la quête de l’autre, l’idée qu’elle voulait que l’on réponde à ses questions. Pourquoi on a dit oui? pour la prise de risques et pour relever des défis, se mettre en danger. De plus la thématique me touchait, j’avais envie d’explorer cela, de mettre sur papier des réflexions, de confronter les idées autour de la sexualité, ça c’est un truc qui m’animait de l’intérieur.”

Michel Izaya :”C’était plus une vision globale vis à vis de ma profession future, étant formé en tant que comédien, en tout cas des velléités que j’avais vis à vis de ma profession, je trouve que le monde du théâtre se mord très vite la queue, avec la tendance à rendre trop sacré des choses qui n’ont pas à l’être, ne serait-ce que l’accès et la pratique de la profession. Là, ce serait un peu comme un pari que l’on ferait avec de gens qui ne sont pas formés à cela. C’est un métier comme un autre. Après, comme dans tout métier, il faut avoir de l’envie. La folie de qui on est suffit. Aussi pour démystifier un tas de trucs par rapport à ça: des gens différents dans la salle et sur scène. C’est minime et ça va pas changer la pratique mais c’est l’ouverture d’une vision que l’on a de notre art: partir de rien et ne pas se coltiner un répertoire avec tout un patrimoine qui vient derrière pour t’écraser la gueule sur le plateau. Qui sont-ils en temps qu’êtres humains? Il y a une phrase qui dit qu’on fait pas du théâtre avec des comédiens mais avec des êtres humains. C’est de cet ordre là. On avait bien conscience de l’énorme prise de risque. A notre grand bonheur avec Daniel, il y a un aveu de fragilité, fragilité que l’ on n’a pas essayé de cacher, mais que l’on a utilisé pour avancer.”

Daniel Jeanloz: ” L’humanité que l’on porte en soi n’a pas besoin de technique pour s’exprimer, on est tous sur un pied d’égalité. La technique, c’est merveilleux mais c’est tout autre chose. C’est un autre plaisir et c’est quelque chose que nous ne visions pas.”
Michel Izaya: ” En parallèle, la technique, c’est savoir monter le volume ou baisser le volume au bon moment sur les émotions. Je pense pas qu’il soit nécessaire de diviniser les personnes à l’affiche et de mettre les gens dans une cage en verre qui n’est pas poreuse, non-communicante avec les spectateurs. Le but n’est pas d’être dénonciateur ou moralisateur ou de briser les tabous. Il y a un pont à faire qui, peut-être, est en train de se faire à présent avec notre génération. Il s’agirait de remettre les choses à la bonne place et ne pas faire croire aux gens qu’il faut absolument viser les 15 minutes de gloire, mais plutôt viser le travail et le chemin de la découverte de soi.”

Du plaisir à partager.

 

 

Détails & Infos :

le lokart official website

 

 

 

 

 

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