Fin août dernier, le CAN ( Centre d’art Neuchâtel ) se trouvant à la Rue des Moulins 37 en ville de Neuchâtel ( Suisse ) avait investi les anciens abattoirs de Serrières pour y créer son «hospice».

Cette friche industrielle, vouée à la destruction, avait été réinvestie le temps d’une grande manifestation artistique au format hybride. Artistes, performeurs, musiciens, curateurs, conférenciers, hypnotiseurs et poètes y avaient habité le lieu pour y former une communauté éphémère dédiée à différentes expériences de guérison.

À cette occasion, le comité d’organisation du Centre d’art Neuchâtel avait fait appel à des bénévoles ainsi qu’à des personnes étant pour la plupart sans emploi afin de venir prêter mains fortes aux artistes présents sur les lieux pour que tout soit opérationnel le jour du vernissage qui s’était donné le 22 août dernier.

Mais pour qu’un tel événement puisse voir le jour, lorsque l’on hérite d’un lieu à l’abandon, le tout est de pouvoir le remettre en état, du moins,  faire avec les moyens du bord. C’est ce qu’a parfaitement réussi à faire l’équipe du CAN, qui sans citer de noms, a tout de même eu recours à quelques petites aides extérieures,  ne serait-ce que pour rétablir l’eau et l’électricité.

Si pour beaucoup, la première chose qui frappait les gens en pénétrant dans l’enceinte de l’expo de l’Hospice des mille-cuisses était cet imposant bâtiment qui abritait les anciens abattoirs jadis controversés et dont le destin fût maintes fois remis sur le tapis, pour nous ce fût été cette table de ping pong intitulée “Surface d’échange” entièrement réalisée par Martin Jakob.

Figure emblématique cette table de ping pong restera debout en véritable gardienne des lieux, et ce, non seulement jusqu’ à la fin de l’événement puisque c’eut été la dernière chose qui a été enlevée lors du démontage, ce malgré les aléas de la météo et la rudesse des gens.

Ayant plutôt eu l’impression de mettre les pieds dans un squat en perpétuelle évolution que d’entrer dans une expo avec tout ce que cela comporte, notre sentiment a été de constater qu’elle n’avait rien à envier aux plus grandes friches industrielles où sont exposées des œuvres d’artistes contemporains.

Pour ce faire, les artistes avaient pu pour la plupart choisir l’espace ou l’emplacement qui leur était mis à disposition. Certains d’entre eux rivalisèrent d’imagination, au point de s’approprier l’espace pour y réaliser une oeuvre à part entière, comme pour cet ancien labo devenu le temps de l’expo un cabinet de curiosités et décoré de cadres de tableaux parés d’or kitsch du sol au plafond.

Certaines réalisations rejoignaient davantage la thématique, comme celle partiellement capitonnée de l’artiste neuchâtelois Christian Addor aKa Dodo, qui une fois sa sculpture graphique psyché en mousse noir terminée, avait de quoi en décontenancer plus d’un lors de soirées bien arrosées.

L’ ” Expérience de guérison ” avait également clairement happé les frères Chapuisat et son équipe, qui dans la cour extérieure du site avaient emménagé une champignonnière où comme son nom l’indique poussèrent des champignons chinois aux puissants pouvoirs antibiotiques.

Un peu plus loin, ou plutôt un peu plus haut vous aviez toujours la possibilité de vous prélasser dans le jacuzzi installé sur le toit de l’enceinte principale, toujours pensé par les frères Chapuisat et son équipe, encore eux..

Conçue par la paire française Bertrand Lacombe & Sophie Dejode,  l’œuvre intitulée  “La Vénale de Bionise”,  qui vous donnait le sentiment de vous trouver dans un kaléidoscope géant une fois a l’intérieur, avait été sans doute pour nous l’une des plus belles réalisations, non seulement de par sa taille mais parce qu’elle donnait l’impression de faire partie du décor.

Plus d’une soixantaine d’artistes avaient pu y exposer leurs œuvres se trouvant sur les quelques 1000 mètres carrés intérieurs ainsi que les 3000 extérieurs que leur proposait le site. Au final, il n’a pas été facile pour nous de vous faire un résumé en équation de tout ce que nous avons pu voir sur place, tant les œuvres étaient diverses.

Collage vidéo, projections, trompe l’œil, petites et grandes sculptures, certaines voire monumentales, toutes des œuvres les plus interrogatives les unes que les autres. Certaines nous avaient carrément laissé pantois, et ce sans vous parler des performances ou autres conférences auxquelles nous avions pu assister.

“L’hospice” nous avait invité à ce questionnement parmi d’autres: faut-il être malade pour créer ou est-ce la création qui nous rend malade? La vie serait donc un espace-temps créatif qui nous entraine au fil des expériences vers le moment charnière du bilan à faire lors de la maladie ou de la vieillesse, pour enfin donner place à la transition

Chacun avait donc le choix de laisser libre cours à son imagination. Comme pour toute thérapie il est suggéré d’y mettre du sien, afin de trouver un sens à ses questions. C’est sans doute la vision que voulait partager le Centre d’Art Neuchâtelois.

Il y aurait eu encore tant de choses à dire tant cette expérience eût été riche en rencontres improbables, dont la plupart avaient lieu à l’oracle de la truie cosmique: un espace qui avait pour fonction d’être un bar et une salle de concert dont le plafond avait été pour l’occasion transformé en une superbe grotte totalement organique grâce au flocage posé par Nicolas Momein .

Détails & Infos :

Centre d’art Neuchâtel official website

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail